Le 20 mai 1967, Stefan Michalak campe dans les bois de la réserve provinciale de Whiteshell, au sud-est de Winnipeg. Né en Pologne, immigré au Canada en 1949, il passe ses fins de semaine à prospecter le filon de quartz sur lequel il espère faire reconnaître une claim minière. Vers midi et quart, un cri d’oies l’avertit. Deux objets descendent du ciel.

Douze minutes

L’un s’éloigne rapidement vers l’ouest. L’autre se pose sur une dalle rocheuse, à moins de cinquante mètres de lui. Michalak dessine l’engin pendant une demi-heure avec le crayon de son carnet de prospection. Une forme discoïdale d’environ neuf mètres de diamètre, surface métallique nacrée, une ouverture rectangulaire d’où filtre une lumière violette. Il entend des voix qu’il prend d’abord pour celles de pilotes de l’armée américaine, essaie de leur parler en anglais, en français, en russe, en allemand, en polonais. Aucune réponse. Il s’approche, touche la paroi. Son gant fond instantanément.

L’appareil décolle. Une grille d’échappement s’ouvre vers lui. Un jet d’air chaud passe à travers sa chemise, qui s’enflamme. Michalak tombe, vomit, rentre péniblement jusqu’à la route et prend un autobus vers Winnipeg avec une chemise encore fumante sous son manteau.

J’ai senti l’odeur d’un moteur électrique qui brûle. Puis ma chemise s’est enflammée.

Les marques

À l’hôpital Misericordia de Winnipeg, les médecins constatent des brûlures au premier degré disposées en motif de damier sur le ventre et la poitrine, une grille de points rouges reproduisant trait pour trait la supposée bouche d’évacuation de l’engin. Les symptômes évolueront pendant plus d’un an. Perte de poids rapide, près de dix kilos en deux semaines, taux d’hémoglobine erratique, nausées, lésions qui se referment puis reviennent au même emplacement, maux de tête persistants.

Aucun médecin consulté ne parvient à rattacher ces brûlures à une exposition accidentelle connue. Aucune chaudière, aucun moteur industriel, aucun circuit électrique ne projetait alors de motif en damier sur une peau humaine. Les dermatologues du Manitoba transfèrent le dossier à Toronto, puis à la Mayo Clinic, sans que le diagnostic n’avance. Son fils Stan Michalak, qui a cosigné en 2018 avec Chris Rutkowski un ouvrage reprenant les documents de la famille, décrit des cicatrices encore visibles sur la poitrine de son père jusqu’à sa mort, en 1999.

Le dossier officiel

La Gendarmerie royale du Canada, l’Aviation royale canadienne, l’Université du Colorado dans le cadre du Condon Committee, et même le FBI américain examinent le cas. Des échantillons de sol prélevés au site d’atterrissage, retourné sur trente centimètres et marqué d’un cercle de mousses calcinées, présentent un taux anormal de radium-226. Les analyses ultérieures n’ont toutefois pas permis d’exclure des sources terrestres de contamination, et aucun canular n’a jamais été démontré non plus.

Le dossier Falcon Lake UFO incident demeure ouvert à Bibliothèque et Archives Canada. La GRC y a versé ses rapports, ses entrevues, ses photographies. Les ufologues canadiens considèrent Falcon Lake comme le cas le mieux documenté du XXᵉ siècle au pays. Pour les physiciens consultés au fil des décennies, les brûlures disposées en damier restent la pièce la plus difficile à réduire à une hallucination ou à une mise en scène.

La cohérence d’un témoin

Stefan Michalak n’a jamais demandé d’indemnité, jamais accepté d’apparition télévisée payante. Il a livré son témoignage à la GRC dans la semaine suivant l’incident, l’a répété sans variation majeure dans les décennies qui ont suivi, et s’est retiré de l’attention publique dès que l’engouement médiatique retombait. Cette cohérence, confrontée à la fragilité des récits d’enlèvements qui viendront inonder la décennie suivante, a tenu l’affaire à l’abri des rebondissements habituels du genre.

Le dossier continue d’être rouvert chaque fois que la question des OVNI revient dans l’actualité canadienne. Les bois du Whiteshell, eux, restent ouverts, parcourus l’été par des randonneurs et, de temps en temps, par des enquêteurs amateurs qui cherchent encore à comprendre ce que Stefan Michalak a vu.

Reconstitution appuyée sur le rapport de la GRC D-1084 et le livre de Chris Rutkowski (2018).